Ce fut une journée digne de mes espérances, moi qui commençais très sérieusement à voir d’un très mauvais œil la monotonie qui s’installe dans ma vie.
Réveil à 6 heures du matin après une journée très agitée a cause des bouffées de chaleur et la peur de ne pas me réveiller assez tôt. Pourtant, je ne passais d’examens, je ne devais pas non plus sauver le soldat Rayan ! Non, je devais tout simplement aller déposer ma demande de visa chez les British. Il faut dire que j’avais fait le même trajet la veille pour me rendre compte que nous étions arrivés en retard. Je dis « nous » parce qu’il s’agit de mon boss et de moi-même.
J’ai toujours vu d’un très mauvais œil tout ce qui est administratif ou autoritaire. Je suis ce qu’on peut appeler une « bordélique » qui ne fait pas attention au détail. Et là, j’allais être servie en termes d’ordre et de détail.
Je me retrouve donc devant cette immense battisse blanche avec un millier de grillage, de portes automatiques et de braves gens qui font gentiment la queue à l’anglaise. Entre parenthèses, le pouvoir d’adaptation des marocains était à son apogée ! Une belle file, bien droite !
Impressive, should I say !!!
Le jeune homme qui faisait office d’agent de sécurit donnait l’impression d’être l’agent 007 et rappelait à l’offre quiconque osait amochir la belle file toute droite ! Et comme pour justifier sa british attitude, il sortait la même phrase :
« Si ILS voient par la caméra qu’il n’y a pas de file, ils arrêtent tout ! »
Alors, comme par miracle, tout le monde se remet droit !
Really impresive !
Notre tour arrive enfin! Entre nous, je regrette d’être venue avec mon boss ! Comme nous discutions, je n’ai pas eu la chance de bien observer les gens. Mais j’ai pu quand même pu découvrir d choses !
La jeune fille qui nous précédait était accompagnée d’un homme qui n’avait pas l’air très marocain. Il voulait entrer avec elle, mais du coup l’agent 007 s’est exprimé en arabe :
« Seules les personnes qui postulent pour le visa ont le droit d’entrer ! »
Et la jeune fille se tourne vers son compagnon et lui traduit :
« You entrer, no ! Moi, yes ! »
Ils venaient du pays de Tarzan ! C’est beau l’amour ! Eh oui, c’était un jeune couple de nouveaux mariés, vu le dessin au henné sur les mains et les bras de la jeune femme,
Je me déconnecte de ce qui se passe autour de moi car mon tour est arrivé de me faire fouiller!
La préposée a passé mon sac au peigne fin ; elle a même retrouvé une boucle d’oreille que je croyais perdue. Elle affiche un grand sourire du genre : « tu vois comme je suis gentille ».
Mais avec cela, toutes les pochettes ont été fouillées, pas de portable, pas d’appareil électronique, pas de crème…Rien qu’elle puisse confisquer.
Je passe dans un coin pour la fouille au corps ! Et là aussi, elle était ravie : la seule chose qui ait fait biper son détecteur de métal était le pauvre bouton de mon jean qu’elle a bien sûr vérifié.
Toujours le sourire aux lèvres elle me dit :
« Si seulement tout le monde était comme vous ! »
Je lui rendis son sourire sans un mot ! Mon boss me regardait avec l’air de me dire :
« Je sais…je sais que tu déteste çà…mais nous allons à Londres…c'est pour çà. »
Je déteste que l’on touche à mes affaires, je déteste que l’on me traite comme une vulgaire « bhima » en reniflant chaque partie de mon corps. Je déteste faire partie d’une suite où je ne suis que la "suivante" !
Et ce matin, j'en ai eu pour mon compte !
Nous passons là où l’on dépose les papiers. Une pièce froide avec des sièges propres mais pas confortables. Les employés sont derrière une vitre et vous parlent à travers un micro. Même s’il ils/elles sont très polis et très corrects, ils ne vous regardent pas : vous n’êtes que le suivant qui veut partir chez les Britishs. C’est tout !
Nous posons nos mains sur un truc électronique. Pour prendre nos empreintes …c’était amusant. Mais très vite je me rends compte qu’une vieille dame à coté ne pensais pas la même chose que moi.
Elle avait du mal avec presque tout.
Un formulaire à remplir alors qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Le téléphone abandonné à l’entrée qui l’a littéralement coupée du monde. Un numéro pour présenter les papiers…. Ne sachant pas le déchiffrer ; elle se levait a chaque changement de chiffre sur l’afficheur en croyant que c’est son tour.
Elle se présente finalement et là panique à bord : elle ne se rappelle plus quel papier représente quoi ! Heureusement qu’un jeune homme court à son secours !
La vieille dame se sent mal après ce marathon. Une jeune femme va lui chercher de l’eau. C’est la jeune mariée. Elle commence à lui raconter sa belle histoire d’amour pour faire oublier à la dame ces quelques moments perdues ente les chiffres et les lettres
Je suffoque, j'ai besoin d’un café d’aller faire un tour de, crier de gueuler !
Mais ici le silence et l’absence d’émotion sont rois. Et même un peu plu royaliste que la reine Elisabeth II elle-même !
Trois heures d’attente …Nous avons discuté de tout mon boss et moi. Heureusement qu’avec lui, même quand nous n’avons rien à nous dire il y a toujours un projet en cours dont nous devons discuter. …des problèmes au bureau dont nous devons trouvons des solutions…Et enfin, on m’appelle pour le fameux entretien qui a duré TROIS MIMLUTES au plus…
Et puis c’était bon…j’avais eu ce maudit visa !
Je brandis fièrement ce maudit bout de papier et je dis à mon boss :
« We’re going to London !!!! ».
Il me regarde et me dit :
« Tu vois, tout cela en valait la peine ! »
Pourtant, mon grand sourire s’efface, je me sens ridicule ! Ils ont réussi à me faire sauter de joie pour un maudit bout de papier ! Avec toute cette mascarade autour du visa ! Ils ont même réussi à me faire oublier que cet endroit était le témoin d’un des moments les plus désagréables de ma vie, même plus désagréable que chez le dentiste !
SUR LA ROUTE DU RETOUR
Sur l’autoroute il y avait un rassemblement et des gendarmes, sur l’autre voie !
Un accident ? Non, mais des taxis, des hommes sur le gazon entrain de discuter, des taxis blancs, des dizaines qui bloquent la route. C’est impressionnant
« Pourquoi tous ces taxis blancs ? Ils font grève ? Pour quelle raison ? »
Mon boss me mitraillait de question comme si je faisais partie du syndicat des taxis blancs qui bloquent la route. N'ayant pas de réponses, mon boss me dit :
« C’est la première fois en dix ans que je vois des marocains qui protestent ; ils sont courageux ! »
Je n’ai pas voulu lui répondre…je ne savais pas quoi lui répondre !
A CASABLANCA, DANS UN TAXI ROUGE.
Moi : Pourquoi tous ces taxis blancs faisaient la grève en bloquant l’autoroute ?
Le taxiste : C’est bien fait pour « eux » ! L’état veut les tuer !
« Eux », prononcé sur un tonde mépris qui ne peut designer que « les autorités » !
Moi : Ha bon ? Pourquoi ?
Lui : Ils veulent leur retirer la licence s’ils font un accident. Ils veulent qu’ils limitent la vitesse.
Moi : Mais c’est une bonne chose ! Non ? Ils font trop d’accident et provoquent trop de dégâts humains.
Lui : C’est la faute de l’etat. Il ne les régule pas.
Moi : Oui ; mais si j’ai bien compris, c’est que l’état veut faire maintenant ?
Lui : L’état ne fait jamais rien ! C est bien fait pour « eux » que nos frères bloquent l’autoroute.
Moi : Mais ce n’est pas l’état qui tuilise l’autoroute ! C’est bien nous, les citoyens ?
Là, le taxi s’arrête pile en plein milieu de la rue pour permettre à une passagère de descendre. BOUM ! Une mobylette a heurté de plein fouet la portière. Ce n’était pas grave l’incident est vite clos.
Moi (qui cherche la bagarre) : Par exemple, si je mets ma ceinture de sécurité, vous ne diriez rien ?
Lui : Non ! C’est ton droit
Moi : D’accord !
J’essaie de mettre ma ceinture de sécurité ! Le système est bloqué !
Moi : Et maintenant qu’est-ce que je fais ?
Lui : c’est ici que vous habitez ?
Moi : oui, la prochaine à droite.
Lui : il est encore assez tôt ! Tu peux descendre ici sur la grande avenue.
Moi : Je paie pour aller où je veux.
Lui : Ah là là ! Ces femmes et leur moudawna !
Moi : Je ne suis pas votre femme ! Ce n’est pas la moudawa qui nous lie mais le compteur !
A LA MAISON
J’ai oublié de payer l’électricité ! Ils me l’ont coupée, forcément ! Je suis dans le noir et dans un silence paisible. J’écris sur un bout de papier ce post, à la lumière d’une bougie. Je me sens bien après cette journée de folie. Ils sont promis de rétablir le courant ce soir je commence à en douter sérieusement….
Mais au fond cela m’arrange !

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