Je voyage dans mon pays, celui qu’on a appelé « Le plus beau pays du Monde », celui qui espère avoir dix millions de touristes. Mon voyage , à travers les deux plus grandes villes touristiques marocaines : Essaouira et Marrakech. Un mélange de fierté et de dégoût, un bonheur et une honte d’avoir vu tout ce que j’ai vu.
Essaouira, une ville qui en a ensorcelé plus d’un
Ma première soirée à Essaouira a commencé par une longue marche jusqu’au centre ville, ces lumières, ce vent doux qui me caressait les joues. Je me sentais revivre ; en sécurité. Sur la plage, une bande de jeunes jouent au foot… plus loin du côté du muret, un jeune couple vient de se casser la gueule en essayant de sauter pardessus, je passe à côté d’eux, je leur souris, ils rient aux larmes. C'est à ce moment la que je me rends compte que je n’étais pas seule, hé oui cette fâcheuse habitude de me balader seule dans des villes que je ne connais pas. A ma droite, des jeunes étudiants de mon ancienne école…Devant moi, des Tunisois… derrières des Algériens de Annaba et d’Alger, tout ce beau monde réunis pour le Ryla du Rotarct (longue histoire à raconter une autre fois peut être).
Je me sentais bien dans cette ambiance Maghrébine, ou nous devions justifier chaque mot différent, ou nous riions des accents des uns et des autres, ou nous n’avions qu’un seul souci découvrir l’autre parce que cet autre est différent.
Nous arrivons au centre de la ville où magie et majesté forment le couple idéal dans un silence intimidant. Nous décidons de nous diriger vers un pub. Les étrangers qui nous accompagnais ont tellement entendu parler des nuits torrides de villes marocaines, il était difficile de leur faire comprendre que Essaouira peut tout leur offrir sauf des nuits enflammées, à moins d’avoir la chance d’être les invités d’une Hadra de Gnaoua.
Après quelques verres, les personnes à la quête d’une boite de nuit avaient enfin trouvé la perle rare. Ma seule envie était de monter à
la Squalla et regarder la mer sous un ciel indécemment étoilé dans ce silence apaisant … je décide quand même de suivre la masse.
Fourrée dans une petite rue sale de la ville, la boite de nuit ressemblait à un Hammam ou les gens buvaient, se déhanchait tout habillés pour la plupart. Nous avons eu beau supplier le DJ de nous mettre Châabi histoire d’être dans une ambiance « cabaret » qui ne fait pas tâche avec les filles de joies légèrement habillées et très outrageusement maquillées… mais non le DJ voulait sa techno. Le sol tremblais sous nos pieds, ma phobie grandie peu a peu, je commence à nous voir tous écrasés au sol … Je décide de quitter ce lieu ou la jeunesse d’Essaouira vend son corps…
Au lieu de prendre un Taxi, je décide de marcher seule cette fois ci jusqu'à l’hôtel, des larmes coulait sur mes joues à la vue de la mer, des lumières de la ville, le vent qui me caresse les cheveux, je suis fatiguée, je dois dormir, mais cet instant de bonheur me retiens. Je rentre à l’hôtel, monte sur une palissade pour me retrouver sur le toit de ma chambre ; moi qui a toujours le vertige, je me suis sentie à l’abri. Je regardais les autres rentrer au compte goute : quel mauvais goût de chercher une boite de nuit alors qu’il y a tellement plus beau à faire.
Le réveil du lendemain fut plus qu’agréable, pas de réveil de téléphone, pas de voix qui me répète que je suis en retard, juste moi et le soleil qui m’effleurait le visage. Petit déjeuner, et en route vers la ville de tous les mystères. Je gambade la matinée dans les rue de la ville, rentre à chaque magasin, pose des questions ; rigoles avec ces vendeurs qui ont la bonne humeur dans le sang, je me sens à chez moi, pour une fois que je n’ai pas le problème de la langueJ. Je suis reçu comme une reine, à chaque fois que je veux acheter quelque chose on me dit « C’est le prix pour une fille du pays, bent lablad », mais je marchande toujours, comme a mon habitude.
Je monte à
la Squala et là je me Légume une bonne heure sous le soleil, en face d’une mer incroyablement calme. Il y a des gens qui passent à côté … des Marrakchi ; des Fassi ; des Casaoui, des Gawris… les yeux fermés, mon ouïe s’affine et le ronronnent des vagues se fait encore plus distinct, je me sens emportée dans un monde parallèle, ou le temps s’arrête pour me sentir immensément bien, je souris bêtement, j’ouvre les yeux… Voyager c’est ma vie, je reprends ma valise bientôt, ou ?? je ne sais pas encore, seule l’avenir me le dira.
Pause-déjeuner avec le reste du groupe et Nass al Riwan comme fond musicale. Un bon Tagine, un thé sans menthe digne de la région ; mon bonheur ne fait que s’accentuer.
L’après-midi, longue balade pieds nus sur cette plage à l’allure d’une vierge effarouchée… qui résiste malgré tout aux agressions des nombreux visiteurs. A quelques mètres du rivage, une ile trône fièrement au milieu de l’océan. L’ile interdite…maudite par son bagne… La prochaine fois je ferai tout pour avoir l’autorisation d’y débarquer.
Des gamins devant moi ont l’air de se disputer, je suis la scène de loin, quelque chose brille dans la main du plus petit, une jeune femme qui passait a cote s’arrête ; commence à parler au garçon, je m’approche
La jeune fille : Lâche ce bout de verre s’il te plait tu vas te faire mal
Le petit garçon : Je veux m’ouvrir les veines avec ; c’est quoi ton problème ???
La jeune fille : Mais non a baba, au lieu de frapper tes amis ou de te blesser avec ce bout de verre, ramène les autres bouts de verre sur le trottoir et mets les de cotes.
Et là, elle lui prend la main délicatement ; enlève doucement le bout de verre tout en tenant l’enfant par la main, met le bout de verre sur le bas-côté, fait un gros câlin à l’enfant. Et comme par miracle, l’enfant et ses compères commencent à ramasser les bouts de verre dans un calme religieux. J’étais arrivé au niveau de la scène, et à ma totale stupéfaction, cette jeune femme n’était personne d’autre que ma sœur ainée. Elle qui a horreur quand mon frère et moi jouons des jeux brutaux ; elle a réussi un petit miracle qui ne durera sans doute qu’un laps très court de temps. Je n’aurai pas eu le courage de faire ce qu’elle a fait.
Le soir, diner au Resto du Port avec un comité restreint d’amis. Petit clou de la soirée ; la présence de notre ami musicien qui sait faire parler tous les instruments, qui joue avec sa voix au grés de celui qui l’écoute, de Aznavour à Mami, de
la Musique Andalouse a Najat Atabou, du Rarnati a Abdel Halim, aucune musique n’a de secret pour lui. Plus Marocain que nous tous dans sa culture ; il nous a offert un moment de bonheur au rythme de notre beau patrimoine musicale avec sa mandoline et sa voix de velours. Merci l’artiste J
Pour la première fois de ma vie, je me suis considérée comme une touriste. Je n’ai pas pris la peine de rencontrer les gens et pourtant c’est ce qu’il ya de plus facile pour moi… le contact avec les gens d’Essaouira n’a pas eu lieu. Faute de temps, sans doute… Mais j’avais besoin de me reposer surtout….
Je quitte Essaouira …la prochaine fois j’irai vers les gens… entre temps je me dirige vers…..
Marrakech… tellement belle et unique… et pourtant tu te prostitue….
Jamaa Lefna, place mythique ou tous les troubadours, les artistes mal compris, les marabouts en mal d’inspiration trouvent refuge. Mais Jamaa lefna est aussi là ou les Touristes viennent faire leur shopping… de meubles, de bibelots, de tapis, et dernièrement aussi d’être humain de tous genre : jeunes hommes, jeunes femmes, enfants. Tout est en éternelle exposition.
Entourée de mes amis Maghrébins ; nous décidons de nous diviser en petit groupes pour éviter de se perdre. En véritable touristes, nous faisons le tour des Hal9at…
La première nous fais rire… un jeune homme en caleçon au milieu de la foule…il va d’un bout a l’autre du cercle et crie… c’était ça son spectacle… faire le fou…comme si il y en avait pas assez dans cette ville…
Deuxième arrêt,
la Hanaya , les touristes retroussent leur manches ; remontent leurs ourlets… des scorpions, des dauphins, des motifs aléatoires avec ce henné noir pas de chez nous, qui nous vient d’orient et qui ressemble le temps de quelques jours a un véritable tatouage occidental… Vive la mondialisation… Moi j’opte pour la Hanna sur la main ; des deux côtés, en bonne marocaine qui croit à la baraka de cette substance verdâtre et qui bizarrement devient orange une fois sèche. Passage à la caisse, la demoiselle qui nous a barbouillés, si gentille et si délicate au départ, se transforme en véritable Chatamata- mégère quand je la somme de diviser son prix par cinq. Non pas que je marchandais, mais je connais les tarifs étant grandes amatrice de Hanna… sans aucune honte elle me dit « Toi tu es de chez nous, alors tu payes le prix que tu connais, mais laisse moi profiter des autres ». Ne cautionnant pas cette attitude, ma voix se fait plus menaçante et elle cède finalement et me traitant de tous les noms des que j’ai tourne le dos. Je me sentais mal devant mes amis maghrébins, moi qui ai toujours méprisé les Egyptiens pour leur avidité d’arnaquer les étrangers dont je faisais partie.
Arrêt féminin obligatoire chez
la Chouaffa , la liseuse de bonne aventure sur les cartes. Pendant qu’elle baratinait mes amies, deux adolescentes attirent mon attention. Assises sur deux chaises minuscules, en jallaba ; les jambes vulgairement écartés laissant entrevoir leur formes pas encore féminines, elles avaient l’air de discuter le langage des yeux… Je suis leur regard, et la je tombe des nus… un bonhomme qui frise la cinquantaine et à l’allure de touriste leur affiche un beau sourire… Je me dois de faire quelque chose… Prostitution ; pédophilie, viole… tous ces mots agressent mon esprit… je me dirige alors vers les deux jeunes gamines et décide d’engager la conversation. Les deux viennent des envions de Marrakech, des montagnes de l’Atlas, ce qui justifie leurs joues roses et cette chevelures doré. Elles prétendent attendre leur tout chez la Hanaya, je sens que je dérange. Le touriste a bizarrement disparu, elles se lèvent, prennent leur petites chaises, et me laissent plantée là avec mon dégout et mon effroi.
Le lendemain, retour a Jamaa Lafna, mais le matin… comme par magie, les artistes ont changé laissant place à des dresseurs d’animaux…serpents et singes…des vendeurs de Shour… et je ne sais plus quoi d’autre… une odeur fétide enveloppe la place. Les étrangers sont partis, j’étais avec mon groupe d’amis d’enfance. Nous jouons aux touristes avertis, en marchandant, en faisant attention à nos sacs et à nos poches… la balade est très agréable… L’image des deux adolescentes de la veille me hante toujours alors je décide de dresser un profil de touristes qui commencent à envahir la place. Des familles, de vieux couples, des jeunes qui on l’air complètement défoncé par un bon joint marocain, et des hommes seuls… Que vient faire un bonhomme seul à Marrakech si ce n’est pour… Je n’ose même pas y penser… Bon oublions tout cela… Le reportage de M6 commence à me jouer des tours….
Apres un diner sur une terrasse de Jamaa Lefna, nous décidons de partir en boite de nuit. On se retrouve dans l’une des boites les plus huppées de la ville… L’ambiance est un peu morose, pas d’alcool la nuit du Mouloud. On se pose avec nos boissons énergétiques profitant d’une piste quasi vide rien que pour nous. Soudain, le public change… des jeunes filles a moitie nus, vulgairement habillées commencent à débarquer… des groupies qui accompagnent des Gawris blonds aux yeux clairs qui empestent le vice et le fric. Autorisés à boire, eux, l’alcool commence à couler à fond. Le serveur ne fait pas de commentaire sur le fait que toutes ces marocaines descendent des verres de Whiskey ou de Vodka… Néanmoins, il n’hésite pas de faire la remarque au Gawri, histoire de se mettre quelques billets en poche. L’endroit devient malsain, je décide de m’assoir alors que je dansais gentiment sur la piste. Des homosexuelles s’embrassent sur le bar ; un jeune homme et littéralement entrai de déshabiller une fille, mon ami m’explique que c’est juste pour voir la marchandise… j’ai envie vomir, de crier ma rage, de comprendre pourquoi toutes ses filles et ses garçons se vendent de la sorte… Je prends mon sac et vais me refugier dans la voiture.
Je suis une fêtarde comme on dit, j’adore la vie nocturne, les pubs, les boites de nuits… Combien de fois j’ai fait me mur pour me retrouver dans ces boites de nuits ou on l’on est a la merci de la musique ; ou on s’amuse à faire les cons avec ses amis ; ou on danse pour le plaisir de son amoureux et de sois même… Mais ce que j’ai vu ce soir était pire que ce qui se passe au Balcon 33.
Le dernier jour je passe par le un club de loisirs à la sortie de la ville du côté des Palmerais . Il y a dix ans, j’y avais passé les vacances d’été avec ma tante et mes cousins. Encore une fois, à mon grand désespoir, l’endroit est devenu un lieu de vice de luxe. Des fauteuils en blanc ont remplacé les chaises en osiers, des lits immenses ont remplacé les relax, les toboggans sont devenus un moyen Xtrême de jouir des plaisirs de la chair… Les enfants qui barbotaient dans la piscine ont abondoné la place à des filles de moeurs légères se dorant au soleil avec un string pour seule protection, les familles ont laissé le champ libre à des hordes de jeunes saouls et shootés à la blanche…La gentille jeune femme de l’entrée qui offrait des ballons à tous les enfants a cédé son poste à un videur qui fait peur même aux adultes .
Je n’en pouvais plus de ses images de cette jeunesse perdue … Je ne pouvais pas croire que mon pays était devenu la nouvelle Thaïlande… Plus proche et moins chère… Où sont les autorités ??? Où sont ces maudites estafettes qui m’arrêtent chaque vendredi pour me demander qui est jeune homme à mes côtés ??? Ou sont les merdeux de puritains qui nous rabâchent avec leurs valeurs et leur religion? Où sont ces Mme Tazi à la tête d’associations caritatives qui distribuent 2 culottes aux même orphelinats à chaque Achoura pour se donner bonne conscience? Où sont ces parents, ses profs qui ont lâché l’éducation et les valeurs de nos enfants? Où étais-je, pour ne pas voir cela venir et croire que mon pays pourrait atteindre ces 10 millions de touristes grâce à une infrastructure irréprochable et un personnel de qualité.
Malheureusement, l’infrastructure, ce sont les hôtels qui servent de lieu de débauche les boites et les cafés qui facilitent les rencontres. Le personnel est formé de notre magnifique jeunesse marocaine et bien sûr de nos enfants
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