Mercredi 29 mars 2006

Une journée comme les autres. Elle se réveille sans trop de mal, c’est normal, elle se couche tous les soirs avant minuit. Hé oui, le temps ou elle faisait la bringue pendant toute la semaine et bel et bien termine. Son reflet pale sur le miroir la fait sourire… elle se fait des grimaces… ça la fait rire encore plus. Elle pense au temps ou elle était enfant, quand elle avait ces 49 poupées soigneusement choisies avec son père dans le marché aux puces.

Elle s’habille, le noir a toujours été sa couleur préférée. Détrompez vous, c’est une jeune fille très joyeuse, mais elle aime le noir. Mais ce qui est formidable chez elle, c’est qu’elle porte toujours une choses qui sort du commun, une bague qui n’arrive pas jusqu'à l’extrémité du doigt, juste au dessous de l’ongle, des boucles d’oreilles dépareillées, des chaussettes de couleurs fluo. Elle déteste passer inaperçue, sans pour autant être attirante.

 

 

Son café au lait prêt, elle se pose devant sa fenêtre en écoutant de la musique. A ce moment la elle se souvient de tous ces moments ou elle a souffert et que la musique l’accompagnait, la faisait sourire. Un jour, un ami a elle lui avait dit que son sourire illuminait la pièce… elle sourit. Elle est de bonne humeur, comme presque tous les matins. Elle déboule les escaliers en fredonnant, en franchissant la porte de l’immeuble, le vendeur de la mahlaba d’en face la regarde, et comme chaque matin, elle lui fait un beau « Sbah al khir, labass ?? ». Le brave homme lui répond avec un accent chelh très prononcé « Labass a lala »… ensuite elle sort la formule que son grand-père lui a apprise « Nharek Mabrouk »… le sourire ne la quitte jamais.

Ce matin la, elle décide de marcher, le soleil est agréable… au bout de quelques minutes elle se rend compte qu’elle commence a angoisser. Elle a entendu parler de la montée des agressions  à Casa, alors elle s’arrête net pour prendre un Taxi. Elle n’a pas envie de gâcher sa bonne humeur a cause de malheureuses craintes. Le taxi s’arrête. Un Salamou 3alikoum s’impose, mais ensuite elle enchaîne avec un Sbah al Khir… comme cela, tout le monde est content. Elle adore prendre les taxis à Casa. Le bonhomme commence à s’amuser avec elle, en fait, sa main était restée tendue même après qu’il se soit arrêté. Elle a toujours ses absences, quand elle se noie dans ses souvenirs agréables, et qu’elle les revit aussi intensément que si ils avaient eu lieu au moment même. Le souvenir que lui a fait rappelé le taxi est en rapport avec son ex. Ce jeune qu’elle voit à présent tous les 36 du mois était un jeune cadre dynamique de Casablanca… sans voiture. Ce qui fait que toutes leurs sorties se passaient grâce à ces petites voitures rouges. Elle sourit, le Taxi vient de lui raconter une blague, elle a peine écouté ce qu’il a dit, mais elle la connaît déjà, alors elle rit de bon cœur.

Elle est la première arrivée au travail… Ha non la femme de ménage est la… elle lui fait la bise a la marocaine, lui fait Souabe comme on dit. PC allumé, elle check son mail… et la énorme surprise, un mail auquel elle ne s’attendait pas. Une amie polonaise avec qui elle avait perdu contact depuis plus de deux ans. Les larmes aux yeux, elle lit le mail. Le contenu est encore plus stupéfiant.

Turquie, 3 années auparavant. Une marocaine et une polonaise se retrouvent a Istanbul, le temps d’un week-end pour visiter cette ville aux milles et une histoires. Pleins de péripéties aussi alarmantes qu’existentielles leur sont arrivés. Mais ce qu’elles ont retenu de ce voyage, c’est : la tolérance mutuelle. La Marocaine, musulmane de confession… La polonaise catholique pratiquante… toutes les deux se retrouvent au pied de la Mosquée Sultan Ahmet… plus connue sous le nom de La mosquée Bleue. La marocaine, prise par une soudaine envie de se recueillir dans ce havre de paix, propose à la polonaise de visiter l’endroit de l’intérieur. Dans un souci d’économie, elles passent par la porte de prière, une jeune femme à la porte remettait des Tchadors pour les jeunes femmes dénudées dans cette journée d’été. Devant la beauté des lieux, en écoutant le Coran, la marocaine n’à pas pu s’empêcher de vouloir faire sa prière. Elle n’a pas l’habitude de la faire, mais à ce moment bien précis c’était comme si elle avait un besoin vital de la faire, de se retrouver avec son créateur. Alors, elle conseille à son amie de rester dans son coin pour ne pas déranger les gens qui sont entrain de prier.  Elle commence à prier, et contre toute attente, elle sent que la polonaise est à ses cotés, que la polonaise est entrain de faire les mêmes gestes qu’elle. Elle se concentre, jusqu’au bout. Prière finie… elle se tourne vers son amie, elle ne sait pas quoi lui dire, elle décide de se taire.

A la sortie : la polonaise la bombarde de questions
« Pourquoi tu as du te laver avant de prier, et pourquoi tu faisais tous ces gestes, pourquoi tu ne m’as pas parlé quand tu priais »
Au fond, la marocaine était toujours émue, sans savoir exactement pourquoi. De peur de lui donner des réponses trop évasives du genre « en Islam c’est comme ça et ce n’est pas autrement », elles se dirigent vers une librairie, achètent un Coran en anglais, et un petit livre qui explique le rituel de la prière musulmane.
Mais une question lui trottait toujours dans la tête : Comment une catholique pratiquante peut OSER faire ce qu’elle a fait, pourquoi de son coté elle se sent coupable à chaque fois qu’elle rentre dans une Eglise.


Elle décide de poser la question : Ecoute moi, je pensais que l’Islam était une religion de violence, où la femme n’a pas ses droits, ou l’être humain est condamné à mourir pour écraser les autres religions pour survivre. Cela fait quelques mois que je te connais, et je me suis rendue compte que j’étais complètement dans l’erreur. Alors, j’ai pris la décision de comprendre à travers toi, et je te remercie de m’en avoir donné l'occasion

Elle la regarde longtemps, elle a les larmes aux yeux… elles se font un gros Hug ;-) et elles continuent leurs balades, comme deux touristes paumées dans les rues d’Istanbul…

C’était la 5eme fois qu’elle lisait le mail d’un seul trait, et elle n’arrivait toujours pas à le croire. Son amie s’était convertie …

 

 

par Jihane publié dans : Nouv-elle
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